Une journée bien vivante vraiment mortelle !
- Anne Jourdain

- il y a 3 jours
- 4 min de lecture
Je suis curieuse. Je m'intéresse à beaucoup de choses. J'ai vu passer un post sur un réseau social annonçant le "Printemps des cimetières". Certains pourraient être effrayés par le mot "cimetière" qui annonce un sujet sur la mort, d'autres pourraient trouver cela morbide ou malsain. Moi, sans jeu de mots, je me suis demandé quelle lumière pouvait être apportée sur ce sujet "mortel"...
Le printemps des cimetières ?
Il s'agit d'une manifestation qui a lieu une fois par an, début mai, sur toute la France. Elle permet d'aborder les cimetières et le monde funéraire avec un regard nouveau.
Cette année, pour la première fois, 4 événements étaient organisés par les PFI Tours dans l'agglomération : deux visites de cimetières (La Salle et Saint-Avertin), une porte ouverte sur le métier d'artisan graveur / marbrier et une conférence sur les "funérailles écologiques".
Tout de suite la possibilité de découvrir le métier de marbrier m'a interpelée : quoi de plus normal, c'est un métier en rapport avec la lettre, avec l'art.
Ensuite, comme nous entendons de plus en plus parler de funérailles écologiques, j'ai trouvé intéressant d'essayer d'en savoir plus, convaincue qu'on parlerait de beaucoup plus que des cercueils en carton.
Me voici donc inscrite avec une amie pour ces deux aventures.

Découvrir un métier qu'on oublie
Le lundi 11 mai, je me rends à l'agence PFI de Saint-Pierre-des-Corps pour participer à une démonstration de la SARL LE GRAVEUR DU MARAIS.
Patrice THEODET est un des rares graveurs de Touraine capable d'utiliser les techniques traditionnelles pour une gravure à la main en plus de la gravure par sablage.
La pierre, ça le connaît. On sent tout de suite la passion et le goût du travail bien fait.
Je me doutais que le travail n'était pas facile. L'art du lettrage ne s'improvise pas. Dessiner une lettre à la main, comme il le fait, relève de beaucoup d'heures de pratique. Et quand il faut passer à la gravure, mieux vaut bien maîtriser les outils !
Je découvre que le plus gros du travail se réalise directement dans les cimetières. Il faut alors s'adapter à l'existant et ce n'est pas toujours simple.
Si la technique du sablage semble plus aisée, dans la mesure où l'on peut utiliser une sorte de pochoir réalisé grâce à l'informatique, il ne faut pas oublier la précision du geste que cela implique, en plus de toutes les protections qu'il faut mettre en place.
Quant à la technique de la gravure à la main, je vous assure que c'est très loin d'être un jeu d'enfant. En effet, après avoir beaucoup discuté et observé, il nous a été proposé de passer à l'action et de s'essayer à la technique.
J'ai eu de la chance : j'ai eu un "A" à réaliser. Des formes droites, c'est rassurant. Je prends (mal) l'outil, le premier coup frappe la pierre et déjà je dérape. Il est bien difficile de suivre le tracé et de faire apparaître la taille en "V", typique de la gravure manuelle.
Bref, si jamais j'avais un doute, ce métier est un art, un de ceux pour lesquels la patience, la concentration et les heures de pratique font que le corps se fond avec l'outil. Impossible de s'improviser graveur devant la pierre, qu'elle soit tombale ou pas. Et pourtant, actuellement il est impossible de trouver une formation pour ce métier.
Maintenant, reste à savoir quel est l'avenir de nos cimetières...


La mort et l'écologie...
Et c'est là que la conférence a été passionnante. Présentée par Manon Moncoq, anthropologue du funéraire / chercheure, cette rencontre a abordé bien plus de sujets que je ne l'aurais imaginé. Et, contrairement à ce qui trotte peut-être dans votre tête, elle a été très joyeuse et dynamique.
L'histoire, la législation, les techniques, les recherches et les études, je pense que tout y est passé.
Je ne ferai pas de pseudo résumé de ce que j'ai découvert (ou redécouvert), ça serait déjà trop long ! Je vous conseille plutôt d'assister à une telle conférence si l'occasion se présente.
Vous apprendrez qu'en France, le cercueil tient un rôle tout à fait particulier, que dans certaines parties du monde on peut demander une "crémation par l'eau" (aquamation), que les techniques pour l'humusation avancent rapidement ainsi que des recherches faites pour de nouvelles techniques... J'ai noté les termes techniques pour, à l'occasion, y regarder de plus près.
Vous entendrez aussi parler de l'évolution de certains cimetières... Bref, vous serez vraisemblablement aussi surpris que moi par l'étendue du sujet !
L'écologie dans le monde funéraire ne concerne pas que les cercueils en carton comme beaucoup le pensent, loin de là. Et on peut dire que rien n'est gravé dans le marbre !

Au final (sans jeu de mots)
En terminant cette journée, la vraie question que je me suis posée est : pourquoi la mort et les rites qui l'entourent restent des sujets tabous aujourd'hui ?
Parler de l'euthanasie peut ouvrir des querelles, évoquer les funérailles peut provoquer des peurs, voire des frayeurs. La majorité des personnes fuit, change de sujet.
La vie et la mort, inséparables amies / ennemies, nous confrontent à l'impermanence et à l'éternité, nous rappellent l'importance du présent.
Les funérailles sont ce temps où ceux qui partent et ceux qui restent se réunissent pour ouvrir la porte de l'inconnu. On ne sait pas ce qu'il y a après la mort, on ne sait pas comment on va vivre sans l'être cher. Alors il est peut-être temps d'en parler afin que ce temps permette l'apaisement et soit un beau moment de vie.
Une chose est sûre pour moi, j'ai hâte de connaître le programme du Printemps des cimetières de l'an prochain !




Commentaires